SEAWARD : surveiller les parcs éoliens par le haut et par le bas

Visuel du projet seaward de quiet oceans

En mai 2026, lors du salon Seanergy à Nantes, Iberdrola et le Pôle Mer Bretagne Atlantique ont dévoilé les trois projets lauréats du second Appel à Manifestation d’Intérêt du programme IBreizh, dédié à la sécurité et à la surveillance des infrastructures offshore. Relancé en septembre 2025, ce dispositif financé par (Ailes Marines) Iberdrola et copiloté par la Région Bretagne soutient des solutions innovantes pour protéger les infrastructures en mer, en phase de construction comme d’exploitation. Trois projets ont été retenus : SEAWARD (Quiet Oceans / CLS), SEAOWL (SeaOwl) et MAESTRO (Nanocode). Bretagne Ocean Power vous propose de les découvrir à travers une série de trois portraits.

Un parc éolien offshore n’est pas un site industriel fermé. Pas de clôture, pas de périmètre délimité : c’est un espace maritime ouvert, traversé par des bateaux de maintenance, des pêcheurs, des plaisanciers et le trafic maritime ordinaire. Comment, dans cet environnement foisonnant de vie, distinguer une activité normale d’un comportement suspect ? C’est à cette question que tente de répondre le projet SeaWard, porté conjointement par l’entreprise brestoise Quiet Oceans et CLS, filiale du CNES.

« Le parc, ce n’est pas un endroit clos. Ce n’est pas comme un site industriel à terre où la première chose qu’on fait, c’est qu’on met des grillages tout autour. Ce qui nous intéresse, c’est de détecter ce qui est anormal », résume Thomas Folegot, directeur de l’innovation et fondateur de Quiet Oceans.

Regarder par le haut, écouter par le bas

La réponse de SeaWard repose sur une idée à la fois simple et originale : croiser des données de natures radicalement différentes pour lever des ambiguïtés. D’un côté, les images satellites et les données AIS de suivi des navires, domaine d’expertise de CLS. De l’autre, les enregistrements acoustiques sous-marins collectés par Quiet Oceans, dont c’est le cœur de métier depuis plus de quinze ans.

« La plupart des acteurs ont une vision horizontale des choses : ils surveillent soit la surface, soit les fonds sous-marins. Nous proposons une approche radicalement différente en regardant verticalement et en intégrant toutes les couches : l’air, la surface et le sous-marin. C’est assez nouveau », souligne Thomas Folegot.

La logique est celle de la « levée d’ambiguïté » : si les trois sources de données décrivent un même comportement, la situation est normale. Si elles divergent, une alerte est déclenchée. L’exemple du grappinage de câble illustre bien le concept : un navire traîne une ancre sur le fond pour arracher un câble sous-marin. Le satellite détecte un bâtiment immobile, tandis que l’acoustique perçoit des moteurs tournant à plein régime. Cette dissonance suffit à déclencher une alarme.

Une preuve de concept sur deux ans

Le projet en est aujourd’hui à sa première phase : une preuve de concept de deux ans, fondée sur des données d’archives déjà disponibles (enregistrements acoustiques, images satellites, données AIS) accumulées lors des phases de construction et d’exploitation du parc de Saint-Brieuc. Quiet Oceans y développera des algorithmes de classification des bruits d’origine humaine, tandis que CLS affinera la caractérisation des comportements normaux de navires. Des outils d’intelligence artificielle assureront ensuite la fusion des informations. Deux phases supplémentaires (système pré-opérationnel sur flux temps réel, puis intégration opérationnelle) devraient conduire à une mise en service effective espérée aux alentours de 2030.

De Saint-Brieuc au marché mondial

Lauréat avec une subvention pouvant atteindre 100 000 euros, SeaWard a été conçu dès le départ avec une ambition qui dépasse largement les côtes bretonnes. « Ce que l’on fait là pour Saint-Brieuc a vocation, si ça fonctionne, à devenir une offre parc éolien pour partout dans le monde. CLS est présent dans le monde entier : une fois la solution opérationnelle, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas adresser un marché globalisé », affirme Thomas Folegot.

L’ancrage breton reste néanmoins au cœur du projet. Quiet Oceans comme la division sécurité maritime de CLS sont toutes deux établies à Brest. Une proximité que Thomas Folegot revendique : « Nous voulions vraiment créer une entreprise en région. Avoir tout le monde au même endroit, ça facilite le travail collaboratif au quotidien. » Un atout discret, mais décisif, pour faire émerger l’innovation.

 

Crédit photo : Quiet-Oceans