En mai 2026, lors du salon Seanergy à Nantes, Iberdrola et le Pôle Mer Bretagne Atlantique ont dévoilé les trois projets lauréats du second Appel à Manifestation d’Intérêt du programme IBReizh, dédié cette année à la sécurité et à la surveillance des infrastructures offshore. Relancé en septembre 2025, ce dispositif financé par Ailes Marines (Iberdrola) et copiloté par la Région Bretagne soutient des solutions innovantes pour protéger les infrastructures en mer, en phase de construction comme d’exploitation. Trois projets ont été retenus pour cet AMI : SEAWARD (Quiet Oceans / CLS), SEAOWL (SeaOwl) et MAESTRO (Nanocode). Bretagne Ocean Power vous propose de les découvrir à travers une série de trois portraits.
Une expertise maritime internationale. C’est depuis les eaux du Golfe de Guinée jusqu’aux côtes bretonnes que SeaOwl trace sa route. Groupe maritime français fondé en 2008 comme armateur, mettant des navires et des marins à disposition de ses clients, la société a progressivement élargi son périmètre vers le secteur de l’énergie, puis vers les nouvelles technologies de supervision maritime.
Son siège est établi à Levallois-Perret, tandis qu’une partie de ses quelque 2 000 collaborateurs est installée à Brest, où l’entreprise pilote ses services navals, historiquement tournés vers le secteur de la défense.
Un groupe au service de l’énergie
SeaOwl structure son activité autour de trois pôles : les services navals (gestion de flotte et équipages), la mise à disposition de personnel spécialisé dans les métiers de l’énergie, et le développement de nouvelles technologies de supervision et de dronisation maritime, incarné par sa filiale SeaOwl Technology Solutions (STS), spécialisée en systèmes autonomes, cybersécurité et robotique.
À Brest, où les équipes se consacrent aux opérations navales et au secteur défense, le projet SEAOWL représente une ouverture inédite vers les énergies marines renouvelables, en lien direct avec les ingénieurs de la filiale STS basée à Ollioules.
SeaOwl opère historiquement dans le secteur pétrolier et gazier, mais a amorcé son virage vers les EMR dès 2016-2017, avec ses premiers contrats dans des parcs offshore britanniques. « Les EMR au sens large sont un vrai axe stratégique pour le groupe, confirme Teddy Tassier, directeur du département énergies marines renouvelables au sein de SeaOwl. Toutes nos lignes de services peuvent y être représentées. C’est vraiment une belle vitrine pour une société comme la nôtre. » Un virage d’autant plus naturel que les clients historiques de SeaOwl s’engagent eux-mêmes dans la transition énergétique et le déploiement de parcs offshore en France.
SEAOWL : Les navires sans équipage : Une nouvelle opportunité de développement maritime
Dans le cadre du programme IBReizh, le groupe SeaOwl développe le projet SEAOWL : un drone de surface téléopéré (un USV, pour Unmanned Surface Vehicle, navire sans équipage à bord) dédié à la surveillance et à la sûreté du parc éolien de la baie de Saint Brieuc.
Sa finalité est triple : réduire les coûts d’exploitation, améliorer la sécurité des personnes en mer et diminuer l’impact environnemental des missions de surveillance.
Le projet s’inscrit dans la continuité directe d’Inspear, son grand frère déployé en Afrique de l’Ouest pour le compte d’un opérateur pétrolier international, dans un contexte marqué par la piraterie maritime. Ce navire 100 % téléopéré assure en continu la surveillance des installations offshore grâce au VMAS (Vessel Monitoring & Alert System) : un logiciel de supervision qui intègre les données AIS de l’ensemble des navires autorisés dans la zone. Tout écart par rapport aux trajectoires définies, tout navire non référencé ou toute approche suspecte déclenche automatiquement une chaîne d’alertes graduées, pouvant aller jusqu’à l’intervention physique du navire téléopéré.
Le tout s’appuie sur SeaVas, un poste de commandement conteneurisé, et sur des algorithmes d’intelligence artificielle capables de détecter en temps réel intrusions, trajectoires à risque et comportements anormaux.
Pour le parc éolien en baie de Saint-Brieuc, la solution est adaptée à un contexte différent : une embarcation de plus petite taille, dont la mission principale est la surveillance permanente du parc et l’interaction avec les usagers de la mer. « Des marins, des commandants, sont à la barre mais derrière un bureau, et peuvent prendre la radio et parler avec l’embarcation en temps réel », explique Teddy Tassier. Navires de pêche hors zone, plaisanciers trop proches d’une éolienne : le bateau téléopéré se porte à leur contact pour les informer et les inviter à faire demi-tour.
« Une présence 24 heures sur 24 à l’intérieur du parc permet aussi de dissuader des actes malveillants », ajoute-il.
Le financement IBReizh, jusqu’à 100 000 euros couvrant 50 % des coûts éligibles, permet à SeaOwl Group de libérer du temps d’ingénieurs pour adapter ces technologies aux spécificités des EMR. Une opportunité de faire collaborer deux cultures internes : les équipes navales de Brest et les ingénieurs en nouvelles technologies d’Ollioules. « Ce projet va nous permettre de mélanger les compétences », souligne Teddy Tassier.
La baie de Saint-Brieuc en vitrine, la Bretagne comme tremplin
Pour SeaOwl, l’enjeu de cet AMI dépasse la seule démonstration technique. Les appels d’offres du secteur ne sont pas encore calibrés pour intégrer des navires sans équipage : montrer que la solution fonctionne est une condition nécessaire pour que les donneurs d’ordre fassent évoluer leurs cahiers des charges.
Le démonstrateur sera déployé au port de Saint-Quay-Portrieux pour une durée de deux mois. « C’est très bien qu’une société française puisse avoir un suivi de ses projets en France, et pas qu’au Congo, au Gabon ou au Nigeria », reconnaît Teddy Tassier.
Le parc de la baie de Saint-Brieuc, vitrine reconnue de l’éolien en mer français, offre ainsi à SeaOwl une exposition précieuse pour asseoir sa crédibilité sur un marché en pleine structuration. De quoi s’ouvrir de nouvelles portes.

