Windglaz : l’expertise bretonne au cœur de la modélisation numérique de l’éolien flottant

photo équipe windglaz

Basée à Lorient, l’entreprise Windglaz s’est imposée comme un acteur stratégique de l’éolien offshore. Spécialisée dans la modélisation numérique complexe, cette pépite bretonne accompagne aujourd’hui les plus grands projets d’Énergies Marines Renouvelables (EMR), des prototypes bretons aux parcs géants en Corée du Sud. Désormais intégrée au Doris Group, Windglaz apporte son expertise critique sur le projet Pennavel. Entretien avec Cyril Bourgoin, son fondateur.

Pouvez-vous nous présenter Windglaz et l’origine de l’entreprise ?

Initialement, l’équipe de Windglaz est composée d’ingénieurs de l’entreprise Nass&Wind. Avec Antoine Grange et moi-même, nous avons créé Windglaz fin 2018, quand Nass&Wind — qui est un acteur historique des EMR et de l’éolien en France, offshore et terrestres, offshore fixe et offshore flottant — souhaitait recentrer ses activités sur d’autres domaines.

Windglaz a été fondée avec l’ambition de poursuivre l’action d’ingénierie que nous réalisions auparavant : une action de soutien pour tous les acteurs, des industriels, des développeurs ou des concepteurs de fondations exerçant dans le milieu des EMR. Nous avons une compétence spécifique dans la modélisation numérique de ces systèmes avec des outils métiers, des capacités de calcul importantes et une expérience de presque 16 ans pour certains membres de notre équipe. Aujourd’hui, Windglaz fait aussi partie du groupe DORIS, ce qui nous apporte de la stabilité et nous permet de nous projeter dans une aventure longue.

 

Concrètement, comment se déroule une modélisation numérique dans les bureaux de Windglaz ?

Nous intervenons à différents niveaux. La première zone, c’est la définition de ce qui va être simulé : les design briefs. Nous avons souvent la charge de les traiter sur les conditions environnementales. Cela consiste à récupérer le rapport météo-océanique et déterminer l’état de mer, le vent extrême, la houle ou le courant représentatif de la zone pour vérifier un système qui serait positionné à cet endroit.

Ensuite, nous proposons un schéma de modélisation. Nous modélisons à la fois l’éolienne (pales, comportement aérodynamique, structurel, pilotage), la tour, le flotteur (hydrodynamique, amortissement) et le système d’ancrage. Nous utilisons un panel d’outils que nous venons adapter selon le projet. C’est la partie définition du modèle, interface et validation, là où nous apportons le plus de savoir-faire avec le concepteur.

Enfin, nous faisons tourner ces modèles sur une masse de calcul importante, parfois 25 000 cas de charge. Nous gérons cette masse de calcul chez nous. Nous extrayons les résultats (mouvements du flotteur, puissance générée, tensions dans les ancrages et efforts dans les différents éléments) pour alimenter les partenaires en charge extrême et de fatigue afin qu’ils puissent dimensionner les composants.

Nous sommes vraiment au cœur du modèle numérique qui assemble les données d’entrée de tout type d’acteurs des EMR.

 

Quels sont vos atouts par rapport à la concurrence sur le marché de l’éolien flottant ?

Notre expertise répond spécifiquement aux besoins de l’éolien flottant, qui nécessite de nouveaux outils par rapport à l’éolien posé :

  • La calibration des modèles de turbines qui ne sont pas réglés de la même façon en fixe et flottant,
  • Les calculs hydrodynamiques avancés et le couplage hydro-structure,
  • Les calculs d’ancrages,
  • La connaissance des normes spécifiques à l’éolien flottant,
  • La capacité à piloter et utiliser des résultats d’essais en bassin.

C’est un domaine qui est assez peu concurrentiel, il n’y a pas beaucoup d’entreprises à réaliser ce que nous faisons. Nous sommes capables de proposer les dernières méthodologies avec les derniers outils, mais notre force repose sur deux éléments :

  • L’expérience des projets d’envergure : Nous avons réalisé de nombreux projets comme Gray Whale 3 en Corée du Sud, où nous avons accompagné DORIS Engineering. Ces expériences acquises, positives et négatives, nous permettent de jouer un rôle de catalyseur sur les nouveaux projets. C’est un rôle de catalyseur que nos clients viennent chercher chez nous.

La connaissance des turbines : De par notre histoire avec Nass&Wind, nous avons eu la charge de développer des turbines. Nous sommes donc à même de nous substituer au rôle du turbinier dans les phases préliminaires, quand ils ne peuvent pas encore être engagés, en proposant des modèles de turbines équivalentes. Sur certains projets, le planning de fabrication peut imposer la mise à disposition de plans pour certains éléments alors que le fournisseur de la turbine n’a pas encore finalisé la dernière itération de charges. Pour répondre à cette contrainte critique de planning, grâce à nos modèles équivalents, des analyses de charges intégrées internes peuvent être réalisées. Cette approche permet de sécuriser les charges de conception en amont et de gagner de précieux mois sur les plannings d’ensemble.

 

Un rayonnement international, de la Corée du Sud aux projets français

Windglaz intervient sur de nombreux projets en France et à l’international. Lesquels sont les plus marquants ?

Nous sommes intervenus sur les bases gravitaires du projet de Fécamp et sur les monopieux de Courseulles-sur-Mer. Nous avons participé au prototype Groix-Belle-Île et soutenu les projets bretons d’Eolink.

À l’international, nous sommes intervenus sur de nombreux projets, notamment au Royaume-Uni de plusieurs gigawatts. Nous sommes aussi intervenus en mer Baltique. Nous travaillons également dans le solaire flottant, un gros acteur qui a des projets partout dans le monde. Sur Gray Whale 3, en Corée du Sud, nous sommes intervenus avec DORIS Engineering. La région Asie-Pacifique est active et nous espérons pouvoir jouer un rôle catalyseur sur ces projets en apportant le retour d’expérience des projets européens. Et puis, il y a bien sûr Pennavel.

 

Justement, pouvez-vous nous détailler votre rôle sur le projet Pennavel ?

C’est une étape importante qui récompense plusieurs années de travail. Nous sommes basés à Lorient, donc c’est un projet qui nous tient à cœur. Nous avons suivi à titre personnel les projets Winflo ou Groix-Belle-Île ; il était essentiel pour nous de suivre l’aventure en Bretagne. Nous pensons que nous étions identifiés auprès de Pennavel sur ce secteur particulier de la gestion des modèles numériques.

Pour Pennavel, notre rôle va être de les aider à piloter la modélisation numérique de leurs différents sous-traitants. L’objectif est de garantir que tout le monde réalise des simulations avec un même niveau de qualité et des données d’entrée sans biais.

 

Quel lien entretenez-vous avec l’écosystème breton et des structures comme Bretagne Ocean Power ?

Le lien est fort. Je suis arrivé en Bretagne en 2009 pour ma formation à l’ENSTA Bretagne (ex ENSIETA) et je n’en suis plus parti. Pour les EMR, être au bord de l’eau est un atout. Depuis sa création, WINDGLAZ bénéficie de la dynamique créée par les plus de 160 entreprises impliquées dans les EMR. La coordination par BOP, facilite les synergies industrielles, en nous accompagnant auprès des donneurs d’ordre, et en valorisant nos compétences à l’échelle nationale et internationale. Le fait d’être basés en Bretagne apporte une stabilité : les gens sont heureux d’être là et se projettent dans la durée. Cela nous permet de capitaliser sur un savoir-faire ; les industriels sont contents de retrouver quelqu’un qui a gardé la documentation d’il y a 10 ans. Tout notre personnel habite Lorient.

Concernant Bretagne Ocean Power (BOP), c’est une belle structure, nous voyons que c’est actif et que cela apporte les valeurs bretonnes sur le marché des EMR.

 

Côté ressources humaines, quels sont vos besoins en recrutement ?

Nous sommes toujours à la recherche d’ingénieurs qui se projettent dans la durée. Ce n’est pas forcément un métier que nous pouvons apprendre à l’école, donc nous formons beaucoup en interne. Le mieux est d’avoir une notion en architecture navale.

Nous travaillons beaucoup avec le Master EMR de l’ENSTA Bretagne. Nous avons des gens chez nous qui sont passés par ce master conçu par Jean-Yves Pradillon et porté aujourd’hui par Guilhem Bles. Nous avons des profils ciblés, mais aussi des gens venant d’autres milieux qui ont la tête bien faite : ils ne savaient pas forcément modéliser la houle au départ, mais ils sont aujourd’hui complètement opérationnels sur les tâches que nous réalisons.