BrestPort : « Brest est à l’intersection de trois marchés pour le développement des EMR »

terminal de brestport pour les emr - christophe chabert, directeur général de BrestPort

Du 23 au 25 avril, Brest accueillera FOWT, le grand événement de la filière éolien flottant. Organisé par le Pôle Mer Méditerranée et France Renouvelables, le rendez-vous valorisera la Bretagne et ses acteurs qui œuvrent au développement de ces technologies. BrestPort en fait partie en proposant aux différents maillons de la chaîne de valeur des énergies marines des infrastructures dédiées. Eolink en bénéficie pour la construction de son éolienne flottante. Entretien avec Christophe Chabert, président du directoire de BrestPort.

Pouvez-vous retracer les liens entre BrestPort et le développement de projets éoliens et notamment flottants ?

Le plan Énergie de la Région Bretagne voté en 2007 sous la mandature de Jean-Yves Le Drian avait pour ambition de faire du territoire une terre de production d’énergie. Cela passait, notamment, par un axe extrêmement fort qu’était la capacité de développement de l’éolien flottant. Pour cela, il fallait pouvoir s’appuyer sur une plateforme logistique. Un investissement structurant sur le port de Brest a été lancé dès 2013 pour permettre la réalisation d’une infrastructure dédiée au développement des énergies marines renouvelables et plus particulièrement de l’éolien flottant. Brest est donc devenu l’un des principaux hubs industriels liés à l’éolien flottant.

De quel ordre ont été les investissements effectués à BrestPort pour y assurer le développement de l’éolien flottant ?

Cet investissement s’élève à 250 millions d’euros afin de disposer d’un véritable terminal dédié aux énergies marines renouvelables sur une surface de 40ha, soit 100 terrains de football, de 10 t/m² jusqu’à 64 t/m², avec un quai de 400m permettant la manutention de colis lourds. Ces dimensions, importantes, reflètent les enjeux de la filière énergies marines renouvelables. Brest est aujourd’hui positionné comme l’acteur logistique facilitant le déploiement des parcs éoliens en France pour répondre à ce double objectif de souveraineté énergétique et de développement d’une industrie bretonne autour des EMR.

Nous avons finalisé le renforcement du Polder, pour non pas seulement réfléchir simplement aux questions logistiques mais pour définir les contours de la création d’une chaîne industrielle afin de proposer aux différents acteurs des solutions pérennes et économiquement rentables et rapides en termes de mise à l’eau de leurs flotteurs.

Quels sont les éléments qui font du port de Brest, l’un des lieux propices au développement de projets éoliens flottants ?

Il y a déjà ces aspects industriels que j’ai cités et il y a également toute cette dynamique mise en place par le territoire avec Bretagne Ocean Power. Un certain nombre de parties prenantes sont fédérées autour de la plateforme. Nous pouvons nous appuyer sur notre statut d’acteur industriel majeur dans la réparation navale et la logistique. Des soudeurs, des mécaniciens ou des électriciens, par exemple, peuvent apporter leurs compétences à la création, la structuration et la pérennisation de cette filière EMR. Bretagne Ocean Power collabore avec BrestPort pour cibler quels industriels pourront apporter leurs compétences en s’appuyant notamment sur BPN.

Ensuite, il y a France Énergies Marines qui est installé à Plouzané et dont la vocation est française et internationale qui peut s’appuyer sur le Pôle Mer, la Région Bretagne, le technopôle Brest-Iroise pour mettre en place tous les atouts afin d’être là à la réalisation, mais aussi à la conception et la R&D des parcs éoliens. Cela nous confère un rôle majeur dans la réflexion sur l’avenir des énergies marines.

Enfin, en 2013, lorsque la Région Bretagne décide d’investir sur le port de Brest, elle décide également de changer son modèle. Jusqu’alors, le fonctionnement était basé sur des concessions d’une durée de dix ans. La décision a été prise avec la CCI du Finistère pour créer une société pouvant porter un projet durant 40 ans et dans laquelle la Région Bretagne est l’actionnaire principal. Nous avons donc l’agilité d’une société privée avec la force et l’appui d’actionnaires publics. Cette vision sur le temps long est une force pour nous.

Quelles relations entretient le port de Brest avec son homologue lorientais ?

Je dirais que l’on ne peut pas évoquer Brest sans parler de Lorient. Il existe une synergie entre les deux infrastructures. Nous sommes dans un mode de partage de nos compétences respectives pour proposer l’offre la plus complète et la plus cohérente possible aux clients. Nous avons déposé un projet commun, InFlow, qui doit accélérer le développement de l’éolien flottant pour les ports bretons. Il englobe ainsi des investissements nécessaires à Brest et à Lorient. Nos deux structures sont complémentaires. Nous ne pourrons pas tout réaliser à Brest, comme on ne pourra pas tout réaliser à Lorient. Lorient a des atouts pour se concentrer sur la partie ancrage et câbles. Nous nous positionnons plutôt sur la partie flotteurs et éventuellement intégration. Le projet InFlow a fait l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt nous permettant d’explorer l’ensemble de la chaîne de valeur que l’on attendait avec des développeurs, des acteurs du posé, du flottant, de l’industrie, etc.

En mai 2024, la marque BrestPort Community est née. Quels en sont les contours ?

BrestPort Community est née de notre volonté de compléter l’offre portuaire et regroupe l’ensemble des parties prenantes du port. Elle vient porter un message commun sur notre volonté de développer, ensemble, la structure, et en particulier sur les EMR. Elle est composée de BrestPort et de l’Union maritime de Brest et sa région (UMBR), qui regroupe 37 entreprises du port. BrestPort Community doit ainsi apporter une solution optimale et cohérente aux clients du port, régionaux ou internationaux.

Eolink s’est installé à Brest pour construire son éolienne flottante. Que représente ce choix pour le port de Brest ?

Cette installation est essentielle. Nous avons besoin d’éprouver nos infrastructures afin de détecter les potentiels axes d’amélioration pour le développement de la filière éolien flottant.

Comment se dessine l’avenir de l’éolien à Brest ?

Le conflit en Ukraine a démontré que nous avions besoin d’être souverains énergétiquement. Afin de pouvoir arriver à une neutralité carbone en 2050, nous devons produire 30% d’électricité en plus qu’à l’heure actuelle. Nous devons donc trouver d’autres sources de masse, dont l’éolien fait partie. Ce qui est très intéressant, c’est de voir que tous les appels d’offres n’ont quasiment pas pris de retard en dépit d’une instabilité politique depuis un an car tous les gouvernements successifs voient qu’ils n’ont pas d’autres choix que de développer l’éolien. Brest est vraiment à l’intersection de trois marchés. Un marché Bretagne-Sud, un marché Bretagne-Nord et un marché de la mer Celtique. Aujourd’hui, nous sommes vraiment au cœur de cette zone où l’éolien flottant va se développer.